Life

Some words for my uncle

Je n’ai pas eu d’obsèques ou d’adieux, donc il faudra que ces quelques mots suffisent. Mon oncle Charles est décédé la semaine dernière – la leucémie a eu raison de lui, et cela me parait trop injuste qu’il guérisse d’un premier cancer pour finalement mourir d’un deuxième quelques années plus tard.

Charles, je l’adorais. A chaque fois qu’il me voyait, il me serrait dans les bras et me disait combien j’étais belle, talentueuse, intelligente… pour une adolescente mal dans sa peau et harcelée à l’école, c’était un miracle d’être si bien aimée. On a tous besoin de quelqu’un qui croit en nous comme Charles le faisait. Il avait cette qualité-là, de donner à chaque personne qu’il rencontrait l’impression d’être la personne la plus importante du monde.

Il sentait bon, il était toujours bien habillé et élégant. Quand il souriait ; on ne pouvait pas s’empêcher de sourire avec lui. Il avait une belle voix grave et quand il parlait, on l’écoutait. Et parler, ça, il savait faire ! Parfois même un peu beaucoup, mais c’était toujours un plaisir de lui parler. Il n’avait pas peur d’être très honnête. Il était brillant : même si nous n’étions pas d’accord sur certains points, il avait toujours une profondeur de connaissances qui venait sans doute du fait qu’il lisait voracement les livres et les infos. Quelque chose que nous partageons d’ailleurs : il m’a retransmis son amour pour Stephen Covey et Clayton Christensen ! J’aimais lui piquer des livres de sa bibliothèque, et quand il lisait un article intéressant, il me l’envoyait.

Une chose que j’ai toujours aimée chez lui, c’est qu’il me traitait comme une personne censée et compétente, même quand j’étais petite. Même à ma fille toute petite, il ne lui parlait pas comme un bébé. On se sentait entendu et apprécié à sa juste valeur avec lui. Adelina, d’ailleurs, l’adorait – son affection était irrésistible. Il avait une compassion extraordinaire.

Il avait un grand amour pour l’évangile et une passion pour l’œuvre du Sauveur. Il était un missionnaire naturel – l’évangile faisait simplement tellement partie de sa vie qu’il ne pouvait pas s’empêcher de le partager avec tout le monde. Il m’a beaucoup appris par son exemple.

Il adorait les gens, les rencontres – il me faisait toujours rire parce qu’à l’entendre, on croirait qu’il est personnellement responsable de la moitié des mariages qui se sont faits parmi sa génération ! « Eux, je les ai présentés ! » « Si je ne l’avais pas poussé à l’inviter à danser, il n’aurait jamais eu le courage de le faire ! » « Elle, elle était amoureuse de moi… »

Il faisait toujours un effort pour visiter sa famille. Un de mes tous premiers souvenirs, c’est de moi toute petite, assise sur ses épaules, à nous balader dans un marché à Nice. C’était le soir, il y avait des lumières suspendues aux toits des stands et il m’avait acheté une grande sucette torsadée à l’ancienne. Quand ma famille a vécu aux États-Unis, il est venu m’apporter des petites bestioles préhistoriques qu’on fait éclore dans de l’eau. J’allais avoir neuf ans, et il s’est assis avec moi pour avoir une discussion sérieuse sur le fait que j’allais bientôt être une « teenager » – je me suis sentie très adulte !

Plus tard, quand j’étais adolescente à Bordeaux, lui et Hanna-Maija m’ont invitée à passer les vacances scolaires chez eux pour m’occuper des enfants pendant qu’ils travaillaient pendant la journée. J’ai beaucoup d’excellents souvenirs de cette période, et j’étais tellement heureuse d’avoir de grandes aventures à Paris, hors de mon petit chez moi. C’était une bouffée d’air frais, ce babysitting, et je me demande si ce n’était pas un peu le but aussi, sans que je le sache à l’époque !

Quand j’allais partir à BYU – comme il l’avait fait des années auparavant – Charles m’a donné des conseils pour naviguer ce drôle de terrain universitaire. Je me souviens d’une phrase qu’il m’avait donnée pour me défendre des garçons qui se croyaient tout permis, ou des gens qui voulaient trop user de moi : « thanks, but no thank you, » et pas besoin d’explications supplémentaires ! Ou pour le dire autrement, « non est une phrase complète. »

Il est même venu me voir à BYU pour s’assurer que cet Andrew Nelson était quelqu’un de suffisamment bien pour une Defranchi – heureusement, il a approuvé ! Il est devenu très proche de mes beaux-parents d’ailleurs, ce qui m’a toujours beaucoup touché. Andrew a par la suite fait un stage avec lui à l’ambassade américaine à Paris, et nous avons peu passer encore beaucoup de temps avec lui et sa famille. Il a été une grande présence pour moi tout au long de ma vie.

Ces derniers mois, je l’appelais régulièrement pour qu’il me raconte les histoires de notre famille – je suis en train d’en compiler le récit. Un thème qui revenait souvent était le fait que c’était très dur pour lui de voir toutes ces personnes qu’il a aimées vieillir et quitter ce monde. Mon grand-père est mort quand j’avais huit ans, donc Charles était essentiellement le patriarche de la famille. Il était parfois ému quand il me parlait de ses tantes et de sa grand-mère en Tunisie qui lui manquaient tellement.

Il me disait souvent que Nadine, ma grand-mère, n’était pas la même femme qu’il avait connue, lui. Jeune, passionnée, pleine d’entrain et de générosité – les dépressions et l’âge l’avaient beaucoup affaiblie. Je comprends maintenant ce sentiment : alors que j’étais occupée à vivre ma vie, à travailler sur ma carrière et sur mon mariage, à avoir des enfants et à fonder un foyer… avec sa mort, c’est toute une nouvelle génération qui commence à disparaitre, et je me sens tellement loin.

Adelina l’a connu, oui, mais elle l’a aussi connu affecté par la maladie, endolori, fatigué, colérique parfois. Elle l’adore quand même, et a pleuré de chaudes larmes quand je lui ai appris son décès. Moi aussi, je suis l’ainée de ma génération. Et moi, je me retrouve aussi à dire à ma fille, « tu n’as pas connu la même personne que moi. »

Une chose qui me réconforte, c’est d’imaginer ses joyeuses retrouvailles avec ses parents, ses grands-parents, ses tantes et ses oncles tant aimés. Je sais qu’il a fait de son mieux et qu’il aimait sa famille, même si ces dernières années ont été très difficiles pour eux tous. Par miracle, j’ai pu m’organiser pour aller le voir en octobre – c’était bref, mais je suis infiniment reconnaissante d’avoir eu ces derniers quelques moments. J’aurais voulu avoir plus de temps. Je t’aime, Charles, merci d’avoir été une telle présence dans ma vie.

English

There was no funeral or final farewell for me, so this will have to suffice. My uncle Charles passed away last week – leukemia. It feels so unfair that he recovered from his first bout with cancer only to die of a second one a few years later.

I adored Charles. Every time he saw me, he would hug me and tell me how beautiful I was, how talented I was, how smart I was… for an insecure teenager who was bullied at school, it was a miracle to be so well-loved. We all need someone who believes in us like Charles did. He had that quality of making everyone he met feel like the most important person in the world.

He smelled good, he was always well dressed and elegant. When he smiled, you couldn’t help but smile with him. He had a beautiful deep voice and when he spoke, you listened. And he sure could talk! Sometimes a bit much for some, but it was always a pleasure to speak with him. He wasn’t afraid to “tell it like it is.” He was brilliant: even if we disagreed on some points, he always had a depth of knowledge that probably came from the fact that he read books and news voraciously. Something we share, by the way: he passed on to me his love for Stephen Covey and Clayton Christensen! I loved to steal books from his library, and when he read an interesting article, he would send it to me.

One thing I always liked about him was that he treated me like a sensible and intelligent person, even when I was little. Even to my young daughter, he never talked baby talk. You felt heard and appreciated with him. Adelina, by the way, adored him – his affection was irresistible. He had extraordinary compassion.

He had a great love for the gospel and a passion for the Savior’s work. He was a natural missionary – the gospel was just such a part of his life that he couldn’t help but share it with everyone. I learned a lot from his example.

He loved people, and making connections – he always made me laugh because you’d think he was personally responsible for half the marriages in his generation! ” I introduced those two!” “If I hadn’t pushed him to ask her to dance, he never would have had the courage to do it!” “Oh her, she used to be in love with me…”

He always made an effort to visit his family. One of my earliest memories is of me as a little girl, sitting on his shoulders, walking through a market in Nice. It was evening, there were lights hanging from the roofs of the stalls, and he bought me a big old-fashioned soft twist lollipop. When my family lived in the United States, he came to bring me little prehistoric bugs that you hatch in water. I was about to turn nine, and he sat down with me to have a serious discussion about how I was soon to be a “teenager” – I felt so grown up!

Later, when I was a teenager in Bordeaux, he and his wife Hanna-Maija invited me to spend the school breaks at their house to look after the children while they worked during the day. I have many fond memories of that time, and I was so happy to have great adventures in Paris, away from my little world. It was a breath of fresh air, babysitting for them, and I wonder if that wasn’t kind of the point too, without me knowing it at the time!

When I was about to leave for BYU – as he had done years before – Charles gave me advice on navigating this strange new world. I remember a phrase he gave me to defend myself from boys who thought the world of themselves, or people who wanted to take advantage of you: “thanks, but no thanks,” and no further explanation needed! Or to put it another way, “no is a complete sentence.”

He even came to visit me at BYU to make sure that this Andrew Nelson was someone good enough for a Defranchi – thankfully, he approved! He became very close with my in-laws by the way, which I found really touching. Andrew later interned with him at the American Embassy in Paris, and we were able to spend a lot more time with him and his family. He’s been a big presence throughout my life.

In recent months, I had been calling him regularly to have him tell me family stories – I am working on compiling it all. One theme that came up often was how hard it was for him to see all those people he loved grow old and leave this world. My grandfather died when I was eight years old, so Charles was essentially the patriarch of the family. He sometimes got emotional when he spoke to me about his aunts and his grandmother in Tunisia whom he missed so much.

He often told me that Nadine, my grandmother, was not the same woman he had known. Young, passionate, full of spirit and generosity – depression and age had weakened her a lot. I understand this feeling now: I was busy living my life, working on my career and my marriage, having children and starting a home… and with his death, a whole new generation is disappearing, and I feel so far away.

Adelina knew him, yes, but she also knew him affected by illness, in pain, tired, sometimes irascible. She adores him anyway, and dissolved into tears when I told her of his death. I too am the oldest of my generation. And I also find myself saying to my daughter, “you didn’t know him as I knew him.”

One thing that comforts me is thinking of his joyful reunion with his beloved parents, grandparents, aunts and uncles. I know he did his best and loved his family, even though the last few years have been very difficult for them all. Miraculously, I was able to arrange to go see him in October – it was brief, but I am infinitely grateful to have had those last few moments. I wish I had more time. I love you, Charles, thank you for being such a presence in my life.

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